Origine Terre 1

Origine Terre 1

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Carnet de voyages (2011)

Voyage au centre de la terre ou à la fin de la terre. Premières images de cette île perdue entre l’Europe et l’Amérique. Une terre aride. Me reviennent les images de mon île natale. La Fournaise. On y descend comme vers les portes de l’enfer avec l’envie de découvrir ce que pourrait être une autre planète, un autre lieu. Mars, Jupiter, la Lune, non la Terre. Cette merveilleuse Terre, diverse, riche, dense, étrange, sauvage, meurtrière, vivante…

Le soleil brûle, la lumière est éblouissante. Rien à perte de vue. La vision est irréelle. Le premier sentiment qui surgit : où est la Vie ? Comment des hommes ont pu décider d’habiter sur le ventre de ce volcan. Les traces perceptibles de la force des éléments, du choc des continents, sont là, sous mes yeux. Le gris domine, le rouge aussi. La côte est déchiquetée par l’avancée des coulées de lave où l’eau et le feu mènent un combat dans des effluves de vapeur. L’île qui fume. Une grande île, 1/5e de la France, 300 000 habitants (3 habitants au km²). Au loin, la lumière est plus brillante, blanche, coupante…je me sens étranger à cette terre qui ne ressemble à aucune autre. Le glacier qui domine me rappelle le froid mordant de ces contrées. En suivant l’indicateur de vol, je n’avais pas imaginé que nous étions si hauts dans les latitudes (66e Nord). C’est loin, très froid…le Groenland n’est qu’à 300 kms à l’ouest. Et pour moi, le Groenland, c’est une tâche blanche tout en haut d’une carte que j’explorais du haut de mes 7 ans, de mon île perdue entre l’Afrique et l’Océanie.

Tout devrait me rapprocher de ces gens, en bas, qui ont la vie dure, ont bravé des océans, dominé leurs peurs…Eyjafjallajökull…une brochure me rappelle que cette terre a paralysé l’Europe au printemps 2010. Cette île a arrêté le temps, la course folle de nos vies trépidantes et nous a montré que nous étions peu de choses. Les entrailles de la terre ont défié notre modernité. Je le vois, je peux le toucher, il est là devant moi, ce volcan « détraqueur » du temps. En avant-garde des chaînes dominantes. En vigile de ce rocher sorti des eaux. Notre course folle n’est rien devant un tel spectacle. Devant tant de force. Nous longeons toujours les côtes. La désolation est là. C’est la plaine des sables avant la découverte du Pas de Bellecombe, la vue sur la Fournaise, à l’échelle d’un petit continent.

Pas de végétation…tout est désertique, brûlé, calciné, sans vie. Ce manque de vie me faisait toujours un peu peur quand, enfant, nous allions avec mes parents chercher la fraîcheur des Hauts en allant au volcan. A l’époque c’était un périple. Aujourd’hui les distances ont raccourci, la vie va plus vite. On prend moins le temps de découvrir. J’ai envie de m’imprégner de cette île. L’envie de me rapprocher de ces gens. Notre descente commence, un vent violent secoue les ailes de l’avion au bout desquelles une oriflamme rappelle les voiles des drakkars. Pourquoi ces vikings ont quitté la Norvège vers l’Ouest, en lâchant des corbeaux qui les ramenaient vers la terre. Quelle force peut obliger des gens à vivre là, au milieu de nulle part. Je connais la folie des hommes, mais à ce point…